Guy de Maupassant : Maladie et mortUne Vie connaît un succès immédiat. Dès lors, le rythme de parution des romans tend à devenir annuel. 1885 : Bel Ami, oeuvre-fétiche, oeuvre-clé, qui rejaillit aussitôt sur son créateur, un journaliste aux dents longues comme Duroy, élégant et sociable comme lui, séducteur et bellâtre à ses heures comme lui, amoureux du terroir et terrorisé par la mort comme lui, mais n'ayant pas, comme lui, besoin d'une Madeleine Forestier pour terminer ses articles ! "Analyse d'une crapule", précise d'ailleurs Bel-Ami écrivain, indiquant par delà les traits de similitude, qu'il s'agit bien d'un négatif de lui-même, et non d'une autobiographie primaire. Aussi efficacement que dans l'Argent d'Emile Zola, le monde de la finance habilement transposé sert de toile de fond et, à l'occasion, de tremplin personnel à l'aventurier. En 1887, Mont-Oriol, autre roman d'affaires opposant à travers des personnages très typés, le capitalisme parisien à la petite propriété rurale, est consacré à la création d'une station thermale. Un problème que Guy de Maupassant plusieurs fois curiste à Chatel-Guyon, connaît aussi de près. C'est de tous les romans, celui qui a le plus mal vieilli. Le Double, personnage fantomatique à peine ébauché dans les nouvelles du début prend, avec Le Horla (1887), un volume saisissant. C'est d'un voilier, un imposant trois-mâts brésilien remontant la Seine, que s'échappe l'être immatériel. C'est sur des voiliers, les deux yachts "Bel-Ami" acquis en 1884 et 1888 que Maupassant entreprend à cette époque ses croisières en Méditerranée. L'eau ne suffit plus. Premier romancier volant, il part à deux reprises à bord du Horla, ballon libre à hydrogène, vers le Nord, la Belgique, l'embouchure de I'Escaut. De longs séjours à Étretat tempèrent cette frénésie de mouvement. C'est au cours de l'un d'eux, durant l'été 1887, que Pierre et Jean est écrit en huit semaines. Le thème de la bâtardise est de nouveau au centre de cette tragédie bourgeoise de l'adultère révélé par un héritage extérieur à la famille. Mais, cette fois, c'est le fils légitime, Pierre, qui se retire, laissant fortune et place au fils naturel, Jean, avec la bénédiction du mari trompé. Dans la préface Maupassant énonce sa conception du roman, vision personnelle du monde, récusant tout autant l'esthétisme exténué que les avatars populaires du roman mélodramatique et du roman distractif, aux histoires bien ficelées. Un revirement complet : sujet, personnages et jusqu'au mode de parution, marque les deux derniers romans publiés, Fort comme la mort (1888) et Notre coeur (1890). Des artistes en mal de création, le peintre Bertin, le musicien Massival sont les protagonistes de ces oeuvres de bon ton, saluées unanimement par la critique, reçues pour la première fois par un public mondain longtemps réticent. La maladie, une syphilis évoluant en paralysie générale, assombrit les dernières années, endeuillées par la folie d'Hervé, le frère cadet qui meurt en novembre 1889. Les mois suivants, les phénomènes morbides s'aggravent et le 6 janvier 1892, après une tentative de suicide, c'est l'internement à Passy, dans la clinique du docteur Blanche, sur les lieux mêmes où fut soigné Gérard de Nerval. Dix-huit mois de souffrance, entrecoupés de brusques exaltations pendant lesquelles il affirmait communiquer avec l'au-delà. Guy de Maupassant meurt le 6 juillet 1893, en laissant deux romans inachevés L'Angélus et L'Ame étrangère. Selon ses dernières volontés, il aurait du être enterré sans cercueil, à même la terre au cimetière Montparnasse, mais, la procédure réglementée de l'inhumation s'y opposa. Si l'on met à part les trois romans qui ont le mieux résisté au temps : Une Vie, Bel-Ami et Pierre et Jean, ce sont surtout les contes et les nouvelles qui ont assuré la postérité littéraire de Guy de Maupassant. Texte abrégé Le
texte original de Claude MAILLARD-CHARY se touve sur ce site: |