Guy de Maupassant : Premiers contesLa guerre survient. Le "deuxième soldat", Maupassant, mobilisé en juillet 1870, affecté à Rouen dans les services de l'intendance, participe sous la neige à la campagne de l'Eure. Expérience douloureuse, qui achève de mûrir l'adolescent poète par la désolation de la débâcle, rendue fatale du fait de la préparation insuffisante et du mauvais encadrement. Une part considérable des contes s'y réfère, mêlant la haine de l'occupant à l'héroïsme des humbles : Boule-de-Suif, Mademoiselle Fifi, La Mère Sauvage, Le Père Milon, Deux Amis, pour ne citer que les oeuvres les plus fortes. Démobilisé en novembre 1872, Guy de Maupassant est resté, comme Flaubert, totalement à l'écart de l'insurrection de la Commune qui a marqué la fin de la guerre. Il devient rond-de-cuir , d'abord au Ministère de la Marine, puis à L'Instruction Publique, chaque fois sur l'intervention de Flaubert, qui accepte d'encourager la vocation littéraire de Guy à deux conditions : qu'il écrive sans discontinuer et qu'il s'abstienne de publier. Ce programme austère convient au jeune homme, qui s'y tiendra pendant une décennie. A l'exception de deux nouvelles fantastiques parues en 1875 sous le pseudonyme de Joseph Prunier : La Main d'écorché qu'il n'a pas oubliée et qu'un conte de 1883, La Main, illustrera encore, et Le Docteur Héraclius Gloss, très influencé par le romantisme hoffmannien. La faune des ministères, qu'il côtoie pendant près de dix ans, constituera un autre sujet important de la maturité, depuis Les Dimanches d'un bourgeois de Paris, paru en 1880, jusqu'à L'Assassin (1887). Entre les heures grises du bureau, les veilles sous la lampe et les visites à Croisset pour recueillir l'avis du Maître, Maupassant s'est trouvé un dérivatif puissant : le canotage. Chaque week-end, il rame le long des berges fleuries de la Seine, ivre d'air pur, aux guinguettes tressautantes sous le cancan. A l'approche de la belle saison, les heures de détente empiètent largement sur le travail. L'eau, "Ma grande, mon absorbante passion", dira l'auteur de La Femme de Paul et d'Yvette, est bien le support d'élection de cette oeuvre de vertige. De la lumineuse Partie de campagne, joliment adaptée au cinéma par Jean Renoir, au glauque hypnotisme de Sur l'eau, nous suivons cette métamorphose de l'élément et le virage progressif à l'angoisse de la grosse gaieté partagée. C'est aussi l'époque des rencontres hebdomadaires avec Zola, d'abord à Paris, au café Trapp, où l'auteur de Germinal réunit chaque jeudi des amis écrivains, puis, grâce au succès de L'Assommoir, dans la vaste demeure de Médan, près de la Seine, que Zola apprendra à connaître à bord du chasse-canard, "Nana", choisi et baptisé par Guy. Texte abrégé
Texte publié avec l'aimable autorisation de l'auteur
© Claude MAILLARD-CHARY |